Masterclass de Milan

23. Robert Smithson et le territoire comme œuvre

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La découverte des écrits théoriques et des œuvre de Robert Smithson, cet artiste américain qui a été un des inventeurs du land art dans les années 1960, a été pour moi une révélation, parce que j'avais tendance à m'extasier sur le territoire très anthropisé de Marseille et des Bouches-du-Rhône ; et lorsque j'ai vu que, dans les années 1960, Smithson avait théorisé, dans ses œuvres et par ses écrits, l’idée que le territoire pouvait être une œuvre d’art, que l’acte d’un bulldozer, l’acte industriel sur le territoire pouvait faire œuvre, j'ai trouvé que ça ouvrait des horizons super intéressants. Si c'est le territoire qui est qui est une œuvre, alors en l’occurrence une œuvre involontaire, à ce moment-là, ça prend beaucoup de sens de faire un sentier qui va nous permettre de voir cette œuvre.

Le sentier n'est qu’un belvédère, un ticket d'entrée, un prétexte pour découvrir le territoire comme une œuvre, et ça résonne avec une sensation diffuse qu'on avait tous en arpentant les Bouches-du-Rhône à pied, on se demandait depuis quand on n’avait pas eu autant d'émotion dans une galerie d'art contemporain. Et Nicolas proposait : « Et si on regardait les Bouches-du-Rhône comme la chapelle Sixtine ? » Et du coup, cette idée-là, dans l'histoire de l'art, c'était Smithson, vraiment, qui était un marqueur de cette idée-là, avec l’invention du land art, avant qu'on parle d'art in situ, c'était complètement innovant à l'époque dans les années 1960.

Une autre chose également très intéressante chez Smithson, c'est qu’il s'est intéressé au périurbain et à ce qu'il appelle les ruines du périurbain, après être allé à Rome et avoir vu les ruines antiques de Rome. Tout ça dans un rapport aussi au sol, à l'archéologie du sol, alors ce sont un peu des choses un peu confuses, mais c'était un univers poétique avec la ruine, le sol, le périurbain... Rétrospectivement, il y a chez Smithson tout un matériau intellectuel, sensoriel, poétique, artistique, théorique, très nourrissant pour les gens qui veulent construire des chemins. Si aujourd'hui quelqu'un veut construire un Sentier Métropolitain ça me semble très dommage de ne pas consulter « A Guide to the Monuments of Passaic » et de ne pas lire ses textes théoriques, notamment « A sedimentation of the mind : Earth Projects ».

Robert Smithson, « The Monuments of Passaic» (1967)
Robert Smithson, « A Sedimentation of the Mind: Earth Projects » (1968)