Masterclass de Milan

01. De la quête du calme dans les Sentiers Métropolitains

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De la forme de nous-mêmes – de nous, avec nos voitures.

C’est une forme relativement récente. Les voitures sont vraiment répandues à partir des années 1960, elles ont envahi la ville très récemment, et on n’a pas encore le recul pour en mesurer l’impact. La génération dont je fais partie a grandi dans ce monde-là, qui était un monde neuf et inconnu, un monde bruyant, plein de voitures. Et petit à petit, les historiens retrouvent les traces de cette transformation. Par exemple, il a fallu attendre les années 1920 pour interdire aux enfant de jouer au milieu de la route, chez nous en Europe ; alors qu’autrefois c’était possible, le trafic étant beaucoup moins dense. Tout l’espace qui est aujourd’hui occupé par la voiture pouvait être pratiqué par les enfants, parce qu’il n’était pas dangereux.

Donc nous sommes devant ce paradoxe de devoir regarder un monde neuf, et on a peu d’aide pour réussir à maîtriser cette “ville-voiture”. Et en même temps, parmi les gens qui s’intéressent à la question des Sentiers Métropolitains, cette relation à la voiture est importante et il faut donc la formuler.

Je ne pense pas être subjectif et revendiquer quelque chose à part. Je pense qu’une des qualités de la promenade en ville, c’est la recherche du calme. J’ai mis longtemps à la formuler telle quelle. Au début, elle était très inconsciente. Je disais : « il ne faut jamais être à moins de 10 mètres d’une voiture », ce qui est très dur dans une rue, car il faudrait se coller aux murs. Mais le temps passant, j’aime à présent offrir au public que j’accompagne un peu de calme, comme un cadeau. C’est un peu comme l’art abstrait, un moment de repos de l’esprit. Et il y a des techniques pour ça.

Par exemple, si vous voyez que pour relier un point A à un point B, le plus court est une grande voirie carrossable et bruyante, regarder s’il n’y a pas des systèmes de coulisses. Le mot coulisse, ça vient du théâtre, c’est ce qui est caché derrière le décor. Et donc, la ville de la voiture est une sorte de décor neuf ; et peut-être que, caché derrière, il y aurait un chemin parallèle, qui rallonge un peu, mais qui serait plus calme, et on peut mesurer l’opportunité de passer par derrière, car même si ça rallonge, le calme représentant une plus-value.

Ma méthode aujourd’hui, à partir de Google Earth, consiste à regarder les voiries à gabarit automobile et les considérer comme bruyante. D’en faire des grandes tâches de bruit. Et il va me rester des poches de calme entre, et c’est dans ces poches qu’il va falloir trouver des itinéraires. Puis, arriver à relier ces itinéraires calmes les uns aux autres, par de petites séquences de bruit, les plus rapides possibles.

C’est pas un dogme. Ce qui est important dans cette recherche de calme c’est que, de temps en temps, il y ait du bruit. Par contre je reste convaincu que “tout le temps du bruit”, c’est absolument invivable. Ça peut être une performance ponctuelle, un jour on peut décider de rester au bord d’une route à voitures, mais plusieurs jours et en faire son métier, non. L’espérance de vie baisse, on est atteint de migraines.
Donc, de la quête du calme dans les Sentiers Métropolitains.