Masterclass de Milan

21. Le sentier comme espace politique

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On a commencé à parler de la matérialité de ce chemin, et c'est quelque chose qu'on a encore peu abordé : la pérennité du chemin, ce tracé qui est une histoire, qui raconte quelque chose, qui est un des récits métropolitains, qui offre des points de vue, qui organise une collection d'espaces… C'est aussi un espace public qui est ouvert, et avec la chose politique qui est derrière cette action de tracer des chemins et d'emmener des gens par la marche sur ces territoires-là. S'occuper d'un espace public, prendre soin d'un espace et activer les communautés d'habitants qui sont sur cet espace, c'est aussi une des choses politiques qui est à l’œuvre dans le tracé de ces chemins.

On finit par être responsable de ce sentier, de cet espace qui est ouvert et que l'on ouvre pour d'autres, soit par des parcours seuls, ou pour des groupes que l'on emmène avec nous. Je trouve que c'est une belle chose parce que c’est une action que l’on peut faire : prendre soin d’un espace public, c’est assez unique comme action, on regagne quelque chose sur le politique.
Dans le caractère politique de ce que l'on fait, il y a aussi le refus du discours dominant.

Hier, pendant notre marche, il a été beaucoup question ce ça. C’est à dire qu'on peut traverser un lieu, le regarder avec respect, on peut écouter des gens nous en parler et en même temps refuser totalement ce qui nous est offert – la forme d’un aménagement, qu’on peut traverser en disant qu’il y a d'autres moyens, d'autres manières de faire. Je peux contourner, je peux traverser cet espace et le voir autrement, je peux me projeter dedans autrement ; et donc je le réinvente. L'exemple de la traversée de cet espace, pas en friche mais déserté, de l'Expo universelle de Milan, cet espace qui est encore occupé, qui est en train de se ruiner, en tout cas l'idée même de cet espace est en ruine, on a traversé cet espace-là vide, et on était habité par une gêne, en se disant, que tous les vœux qui avaient été faits pour ce projet n'avaient pas abouti et pourtant, malgré tout ce qu'on peut on peut penser de cet espace, quand on le traverse, on le rêve autrement, on le revoit autrement, ça nous permet de refuser ce qui nous est imposé. Voilà peut-être cette action politique qu’on peut avoir depuis les chemins.

Enfin, le troisième caractère politique de cette entreprise-là, c'est aussi de rentrer en conversation, constamment – entre nous et avec les autres. Et là, plusieurs fois hier aussi, on s'est arrêté, on a entendu des témoignages, qui étaient parfois très émouvants, des témoignages d’action, d'habitants ou de groupement d'habitants, dans un lieu ; et c'est parce qu’on traverse ces lieux et parce qu'on s’y arrête, qu'on nous offre un témoignage d'une action politique n'est pas visible autrement. Celle de ce groupe de jeunes qui réactive le centre social du quartier Quarto Oggiaro, l'action de cette de cette association qui met en place le restaurant dans la prison et qui aide à former les détenus dans ce restaurant... vous nous avez invités dans ce restaurant, on l’a traversé, on a entendu ce discours, et ça change totalement la vision qu'on a de cet espace-là. Je trouve ainsi que dans cette manière de rentrer en conversation avec les lieux et avec les personnes, il y a une action politique qui s'ouvre.