Masterclass de Milan

14. Les Sentiers Métropolitains comme dispositifs d'échange

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J'ai commencé mon travail d'artiste promeneur avec un projet personnel qui s'appelle Banlieue de Paris et justement, le projet c'était vraiment partir tout seul explorer une métropole. Enfin, on parlait pas trop de « métropole » encore dans les années 1990 – il y avait des écrits théoriques avec Saskia Sassen qui parlait de ce qu’est la face cachée de la métropole. Mais c'est un fait que la métropole est un phénomène nouveau (bien ou mal ?), de concentration, de création de hubs internationaux, et surtout, ce qui est de nouveau à l'échelle anthropologique, le développement de grandes villes de 10 millions, 50 millions d'habitants. Il y avait le bouquin de Rem Koolhaas sur la Pearl River Delta Project (Delta de la rivière des Perles, en Chine) et ça a beaucoup marqué ma génération.

Et c’est donc en tant que jeune architecte-urbaniste que j’ai souhaité partir tout seul explorer, sans avoir un impératif de partager ce récit, parce que – on parle de ça souvent – il y a cette injonction de mettre en récit, de partager, etc. Je pense à Rousseau et aux Rêveries du promeneur solitaire, et à ce plaisir individuel, ce droit au plaisir individuel.
Progressivement, ma démarche à partir du projet « Banlieue de Paris », qui continue évidemment, a été d’imaginer des dispositifs d'échange, parce que la construction du savoir ne se fait que dans la relation avec les autres, et avant d’imaginer une forme artistique. Est-ce qu'on a besoin forcément d'avoir un projet artistique pour faire de l'art ? Ce sont des questions qu'on peut aussi poser dans la sphère esthétique, parce qu’il y a par exemple « l'art dans l’indifférence de l’art » (cf. Jean-Claude Moisneau) mais la question, finalement, c’est : « que fait-on avec cet énorme machin, ce truc urbain que l’on ne sait pas vraiment définir » – et en fait, on en arrive à à faire des Sentiers Métropolitains.

Je travaille par exemple sur le Sentier du Grand Paris, et c'est une réponse. C’est une forme, comme on le livre en est une. Je n'ai jamais écrit de livres, j'ai fait un blog de Banlieue de Paris, aussi une newsletter, mais aussi des tas de dispositifs avec des collectivités, avec des associations, des dispositifs de partage de connaissances, de partage d'expérience ; c'est important de faire une typologie de toutes ces pratiques.

Le mot « pratique » est important. On a on a une pratique de l'espace, en solitaire ou de façon collective, et finalement, le sentier est une forme magique. Le Sentier Métropolitain est une forme magique, parce que c'est comme un film : on peut marcher dessus collectivement, ou en solitaire ; et parfois, j'ai envie de marcher vraiment tout seul. Par exemple, le sentier Inspiral London, j'ai très envie de le marcher, mais tout seul, avant d’aller au festival.
J'essaie de nourrir le Sentier du Grand Paris de toute mon expérience de 20 ans de marche dans le Grand Paris, et c'est formidable de pouvoir imaginer avec les autres membres du projet qu’on fait un film. J'ai plein de matériaux à ramener, des endroits que je connais d’il y a longtemps, et que j'ai vu évoluer, etc.

Cette question sur le groupe et l’individu est une question politique, parce que je revendique la marge. Je questionne toujours les gens qui disent « tout est politique ». Si on politise la marge, alors la marge n'existe plus. Et c'est comme la question de centre et périphérie, c'est une question centrale. On peut en faire la critique. Mais est-ce que la périphérie est encore une périphérie si on la politise ? Est-ce que la marge c'est justement être en dehors du politique ?